
un peu d unité - Est-il possible, et même serait-ce souhaitable, de penser, en faisant table rase de l état émotionnel de l être qui s y essaye? S il ne vous est jamais arrivé de vous poser la question, et qu il est, pour vous, préférable de considérer que le coeur a des raisons que la raison ignore, alors le livre d A. Damasio ne vous intéressera pas. Pas plus, d ailleurs, si vous considérez que les neurosciences sont indignes d intérêt, voire inutiles, pour s approcher du fait humain.Les temps ne sont plus, malgré le décalage des idéaux socio-commerciaux et spirituels, à la glorification ni du corps sous toutes ses formes, ni de l esprit, dans le domaine des explications scientifiques.....Elles nous parlent pourtant aussi de la vie, et l auteur sait bien nous montrer qu elles touchent au sensible...Antonio Damasio est professeur de neurologie (discipline réputée dure s il en est), chercheur de réputation internationale, dont la simplicité la modestie, tout autant que sa capacité d innover, transparaissent à chaque ligne. Il réussit une synthèse de plusieurs années de recherche, de collaboration avec divers spécialistes, de pratique clinique et de réflexion, pour nous aider à saisir les liens entre l émotion, l exercice de la raison et le cerveau humain.Son objectif est de montrer comment l émotion participe pleinement à la faculté de raisonner, qu elle en détermine l efficacité aussi bien sur les versants de l accomplissement individuel que sont: Planification de l action et prise de décision, Personnel et social, Systèmes neuronaux et réaction émotionnel,La lecture de ce livre est aisée, agréable et aussi prenante que celle d un roman : Par exemple, l enquête à 150 années de distance pour élucider le type et les répercussions de l accident de Phinéas Cage sur la vie affective et sociale de cet ouvrier, est vraiment captivante. A. Damasio pose un certain nombre d hypothèses et les vérifie les unes après les autres. Son texte est constamment illustré de récits réels pour nous rappeler qu il est aussi vain de « computariser » l individu ou de le réduire à un traillis de neurones, que de nier l éclairage de la neurobiologie pour considérer la subjectivité humaine.Un ouvrage important, incontournable, qui pose un regard critique sur la plupart des conceptions dernièrement avancées sur l homme et son cerveau (Dennett, Crick,Varela, Edelman etc...).Que ceux, soucieux de ne pas nuire par ignorance et qui, mal ou des-informés sur la constellation des sciences cognitives, et qui « militent » pour le droit de comprendre mieux et de se faire une opinion plus ajustée sur le domaine, y trouvent de quoi stimuler leur pratique et confronter leur point de vue...